mercredi 28 décembre 2016

LE DROIT,  LE JUSTE


On avait bien compris,  ou au moins écouté,  la décision des juges de ne pas libérer Jacqueline Sauvage,  et cette décision était liée au fait qu'elle n'avait pas conscience d'avoir commis le mal par son acte.
D'un point de vue purement légal cette décision avait du sens car elle exposait de manière claire le fait que nul ne pouvait se faire justice lui-même,  et que ce domaine relevait des prérogatives des juges uniquement, ceux qui disent la loi.
En ce sens ils avaient raison et leur décision , bien que difficile à accepter par les citoyens, correspondait  à la loi dans la lettre.
Ceci étant, ils devaient aussi se prononcer sur le fait qu'elle soit un danger pour la société car c'est leur rôle et c'est là que cette décision peut être discutée et doit être discutée.

Certes, Jacqueline Sauvage a agi à posteriori , après des années de souffrance et le jugement donné a considéré " qu'elle aurait du réagir de manière immédiate et proportionnée à l'attaque dont elle était victime" : ça c'est la définition légale de la légitime défense.

Mais, car il y a un mais , cela suppose qu'une personne victime,  en souffrance,  doit trouver en elle la ressource suffisante pour réagir comme il se doit, en fonction des textes, de la jurisprudence pour espérer bénéficier de la clémence des juges.
Donc cela signifie qu'elle doit être consciente et maîtriser ses émotions,  mais ... donc cela impliquerait alors la notion de préméditation ... circonstance aggravante pour cette même institution judiciaire, qui serait retenue, et alors la justice la  condamnerait avec circonstances aggravantes et donc plus lourdement.

Si on poursuit ce raisonnement plus avant, cela implique que les victimes d'inceste qui toutes et tous pressentent une anormalité dans l'acte qu'elles subissent , devraient réagir de manière proportionnée à l'agression dont elles sont victimes et porter plainte ( ce qui suppose une conscience et la capacité à exprimer l'ineffable).
Être victime a des conséquences et notamment l'abolition du discernement,  un désordre mental que chacun doit pouvoir comprendre, enfin!! chacun... sauf les juges qui ont eux pour responsabilité de faire en sorte que les textes soient appliqués.
Si il est essentiel que notre justice repose sur des règles écrites, on doit tout de même d'interroger sur l'esprit des lois,  qui,  de manière claire relève d' une notion morale essentielle qui dans le cas de Jacqueline Sauvage a été  totalement abolie et niée.

L'objectif des juges était qu'elle expie , reconnaisse sa faute contre la loi ( comme des inquisiteurs) , en faisant abstraction totale de ce qui sous tend la loi : le sens moral.

C'est pour cela que la décision du Président de la République ( même tardive ) de gracier Jacqueline Sauvage doit être saluée pour ce qu'elle est : permettre au peuple ( et il en est le représentant,  n'en déplaise à la représentante du syndicat de la magistrature qui contestait le bien fondé de la grace) de rendre justice à l'encontre du droit et insuffler de la morale lorsqu'elle a disparue. 

Rendre la souveraineté au juste contre le droit, voila le sens de cette grace.

mardi 27 décembre 2016

Soumission

Le monde est tel qu'il est aujourd'hui et le fut par le passé:  imparfait , monstrueux ,  beau, riche , pauvre.
A l'image de ce que nous en faisons , nous les hommes , ni meilleur , ni pire que durant toute l'histoire de l'humanité qui s'est construite dans le sang mais aussi par les idées de quelques éclairés , et également par la mise en œuvre de capacités réelles à se révolter.


Quel est donc la spécificité de notre environnement actuel qui amène tant de pessimisme et de morosité.
Un système profondément inégalitaire admis par un grand nombre comme le seul possible et envisageable , celui qui érige le commerce des marchandises comme préoccupation principale , comme sésame pour atteindre le bonheur absolu qui est celui de consommer.
Ce système , nous nous y soumettons et pour la plupart d'entre nous sans même remettre en cause sa validité.


Nous nous révoltons lorsque individuellement nous sommes affectés ou lorsque à force de matraquage , la douleur devient par trop insupportable et pique le peu de conscience qu'il nous reste.


Nous sommes incapables d'exercer ce sens de l'observation que chacun d'entre nous développe depuis sa prime enfance et qui pourtant est la condition première à l'exercice du sens critique.


Gavés comme les oies , on nous a retiré depuis longtemps notre foi , servie à la table des grands de ce monde qui s'en délectent à chacun de leur repas.
La foi en nos capacités de nous tenir debout face à l'adversité , à exprimer des revendications légitimes , à agir contre les injustices , la barbarie , l'incroyable arrogance de ceux qui se partagent le monde au détriment de l'humanité toute entière.


Sortir de cette soumission reste et restera le seul espoir d'une humanité qui se meure et qui cette fois ne trouvera pas son salut par on ne sait quel miracle.
Même les grands rassemblements de ceux qui s'indignent de façon sélective , comme pour Charlie ou les attentats de novembre ( en omettant de s'interroger sur le caractère quotidien de ces atrocités dans de nombreuses contrées ) , ne sont que l'expression du désespoir et de l'auto compassion d'une société nombriliste et égocentré.
Point de révolte dans cela , mais simplement l'expression pathétique d'une réelle incapacité se mettre en mouvement pour que cela change.