On avait bien compris, ou au moins écouté, la décision des juges de ne pas libérer Jacqueline Sauvage, et cette décision était liée au fait qu'elle n'avait pas conscience d'avoir commis le mal par son acte.
D'un point de vue purement légal cette décision avait du sens car elle exposait de manière claire le fait que nul ne pouvait se faire justice lui-même, et que ce domaine relevait des prérogatives des juges uniquement, ceux qui disent la loi.
En ce sens ils avaient raison et leur décision , bien que difficile à accepter par les citoyens, correspondait à la loi dans la lettre.
Ceci étant, ils devaient aussi se prononcer sur le fait qu'elle soit un danger pour la société car c'est leur rôle et c'est là que cette décision peut être discutée et doit être discutée.
Certes, Jacqueline Sauvage a agi à posteriori , après des années de souffrance et le jugement donné a considéré " qu'elle aurait du réagir de manière immédiate et proportionnée à l'attaque dont elle était victime" : ça c'est la définition légale de la légitime défense.
Mais, car il y a un mais , cela suppose qu'une personne victime, en souffrance, doit trouver en elle la ressource suffisante pour réagir comme il se doit, en fonction des textes, de la jurisprudence pour espérer bénéficier de la clémence des juges.
Donc cela signifie qu'elle doit être consciente et maîtriser ses émotions, mais ... donc cela impliquerait alors la notion de préméditation ... circonstance aggravante pour cette même institution judiciaire, qui serait retenue, et alors la justice la condamnerait avec circonstances aggravantes et donc plus lourdement.
Si on poursuit ce raisonnement plus avant, cela implique que les victimes d'inceste qui toutes et tous pressentent une anormalité dans l'acte qu'elles subissent , devraient réagir de manière proportionnée à l'agression dont elles sont victimes et porter plainte ( ce qui suppose une conscience et la capacité à exprimer l'ineffable).
Être victime a des conséquences et notamment l'abolition du discernement, un désordre mental que chacun doit pouvoir comprendre, enfin!! chacun... sauf les juges qui ont eux pour responsabilité de faire en sorte que les textes soient appliqués.
Si il est essentiel que notre justice repose sur des règles écrites, on doit tout de même d'interroger sur l'esprit des lois, qui, de manière claire relève d' une notion morale essentielle qui dans le cas de Jacqueline Sauvage a été totalement abolie et niée.
L'objectif des juges était qu'elle expie , reconnaisse sa faute contre la loi ( comme des inquisiteurs) , en faisant abstraction totale de ce qui sous tend la loi : le sens moral.
C'est pour cela que la décision du Président de la République ( même tardive ) de gracier Jacqueline Sauvage doit être saluée pour ce qu'elle est : permettre au peuple ( et il en est le représentant, n'en déplaise à la représentante du syndicat de la magistrature qui contestait le bien fondé de la grace) de rendre justice à l'encontre du droit et insuffler de la morale lorsqu'elle a disparue.
Rendre la souveraineté au juste contre le droit, voila le sens de cette grace.
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