Finalement , je n'ai jamais aimé la narration, enfin ... la mienne , tant j'ai été dans ma jeunesse subjugué par des auteurs (dits classiques mais j'ai toujours trouvé ce qualificatif poussiéreux ) comme Balzac , Zola, Flaubert .....
J'aimais cette façon de poser un décor, des personnages qui prenaient vie , non par une description détaillée de leur physique , mais par la vie qui leur était donnée par l'auteur.
Au travers de leurs aventures , de leur quotidien , on pouvait les imaginer : le pharmacien Monsieur Homais que je voyais comme un homme tranquille, doté d'un arrondi central , le crane dégarni, aimable et discret, saluant d'un léger hochement de tête les passants qui le croisaient.
Je prenais le thé avec Emma Bovary, dans un salon qui sentait un peu l'humidité, cette odeur légèrement aigre du tissu des tentures jaunes qui assombrissaient la pièce.
Nous parlions peu, échangeant simplement quelques regards, parfois un peu appuyés pour signifier le délice subtil de cette rencontre volée.
Je sentais au travers des rares sourires dont elle me gratifiait, les tentations qui l'agitaient au plus profond d'elle-même, et qui me donnaient le sentiment privilégié d'un amour secret et naissant.
Mais bon je m'égare et j'en oublie que je n'aime pas raconter et finalement expliquer que je fus, entre autres, le Chevalier Des Grieux est somme toute un peu ridicule, un peu adolescent, ce qui à mon age conduit assez facilement vers le pathétique.
Le pire , sont ceux qui s'essayent au roman noir où immanquablement, accoudé au bar et sirotant un jack , survient la rencontre avec la mystérieuse blonde (ou brune d'ailleurs) qui prend une cigarette dans son boitier, la porte à sa bouche de manière sensuelle et levant les yeux (d'une profondeur si intense) s'attend à ce que je vienne d'un geste viril et élégant, lui donner de quoi se noyer dans un nuage de fumée.
C'est alors que j'ai posé mon feutre sur la table et que face à elle , j'ai échangé quelques mots dont elle n'avait que faire, espérant simplement écourter les fastidieux préliminaires pour en venir aux faits.
Voila ! voila ! je vous avais bien dit que c'était stupide cette tentative, on tombe tout de suite dans les clichés et puis on ne s'improvise pas narrateur.
Plutôt que travailler sur l'imaginaire, je me nourris de l'observation pour en tirer des réflexions qui amènent au sens.
Comprendre, voir, mettre en lumière, aller chercher l'explication d'un phénomène et la faire éclater , c'est ce travail qui m'enthousiasme , me rend vivant.
Pour l'instant je bénéficie d'un succès d'estime ( non d'ailleurs que je recherche véritablement un auditoire) puisque j'ai tout de même deux lectrices de "Fadaises" qui agissent à la fois par l'intérêt qu'elles me portent, mais aussi un peu contraintes.
Attention , bien sûr je ne les ai pas menacées mais elles sentent qu'il serait bien pour mon équilibre mental d'accorder un peu d'attention à mes écrits.
Et puis reconnaissons le, c'est important d'être lu, ne serait ce que pour le renvoi qui en est fait, et qui permet de construire un style, une cohérence, une couleur pour ce blog récent, que je me plais à entretenir de mes réflexions de haut vol.
D'ailleurs, c'est la première fois ( et qui sait peut-être la dernière) que je sors de la sentence pour éprouver aussi du plaisir.
Mais bon j'ai faim et finalement je vais casser un peu la croûte...
non pas de contrainte , juste le plaisir de te lire
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